J'ai profité de ma semaine de relâche (qui n'est pas tant un moment de «relâchement» dans les études...) pour avancer mes recherches en idée architecte. J'ai relu Le bonheur, désespérément, et comme dit dans un autre article, j'en ferai un résumé. En ayant relu ce livre, cela ne m'a que confirmé mon choix pour mon travail. Je prendrai cet auteur, assurément. J'ai vraiment beaucoup aimé sa réflexion sur le bonheur, qui est très bien construite tout au long de son livre. 

Résumé:

Il est possible de diviser le texte de Comte-Sponville en 5 parties : Introduction, I- Le bonheur manqué, ou les pièges de l'espérance, II- Critique de l'espérance, ou le bonheur en acte, III- Le bonheur désespérément: une sagesse du désespoir, du bonheur et de l'amour, Conclusion.

Dans l'introduction, Comte-Sponville explique pourquoi il a choisi de s'intéresser à la question du bonheur dans plusieurs de ses travaux. Il explique que le bonheur a toujours été un sujet très touché par les philosophes de toutes les époques et il voulait justement faire comme ses modèles philosophiques (les Grecs, Montaigne, Descartes, Spinoza...). Pourtant, dans l'époque contemporaine (XXème siècle), le bonheur ne semble plus un sujet très réfléchi par les penseurs. C'est pourquoi Comte-Sponville l'a remis sur la scène, car le bonheur est encore un sujet pouvant (et devant) être encore réfléchi.

Il donne, encore dans l'introduction, une définition intéressante de la philosophie : « La philosophie est une pratique discursive (elle procède par des discours et des raisonnements) qui a la vie pour objet, la raison pour moyen, et le bonheur pour but.» (p. 13.)

Donc, le bonheur est le but de la philosophie, et cela en passant par une norme de vérité, car il vaut mieux «une vraie tristesse qu'une fausse joie.» (p. 15)

Dans sa première partie de son développement, nommé Le bonheur manqué, ou les pièges de l'espérance, Comte-Sponville explique que la race humaine est beaucoup plus malheureuse que nous le croyons et explique que nous sommes si malheureux, car il nous manque la sagesse. Il ne suffit donc pas de tout avoir ce que nous désirons pour alors atteindre le bonheur. Comte-Sponville définit le terme de «sagesse» comme étant un savoir-vivre. Atteindre la sagesse est donc apprendre à savoir vivre notre vie de la bonne façon pour être heureux. 

Pourtant, le bonheur est toujours manqué. Et pourquoi donc, selon Comte-Sponville? Parce que, pour la plupart, être heureux, c'est avoir ce que l'on désire (Platon, Kant, Épicure). Pourtant, comme disait Platon, le désir est manque. Le manque est une souffrance, et en souffrant, il est impossible d'être heureux. De plus, lorsque nos désirs sont comblés, il y a alors soit un ennui (car nous n'avons plus rien à désirer... c'est ce que disait Schopenhauer) ou soit l'on s'empresse de désirer d'autre chose. Cela devient donc un cercle interminable de désir, d'ennui et encore d'autres désirs. Ce sont les pièges de l'espérance. Comment s'en sortir, selon Comte-Sponville? Il y a plusieurs façons, mais aucune ne sont totalement philosophiques à son goût. C'est dans la deuxième partie de son livre qu'il traitera de la façon de se sortir de ce cycle.

Critique de l'espérance , ou le bonheur en acte:

Selon Comte-Sponville, il est tout d'abord important de prendre en considération ( ce que n'avaient pas fait, par exemple, Platon, Pascal, Schopenhauer...) le plaisir et la joie. Ceux-ci avaient confondu le désir et l'espérance. Par exemple, il est possible de désirer quelque chose que l'on a (donc, le désir n'est pas toujours un manque.). C'est le cas notamment lorsque nous désirons être assis alors que l'on est déjà. C'est de cette façon que nous sommes heureux, parfois: en faisant ce que nous désirons. Ce qui est aussi très important de cette façon d'être heureux, c'est ce que ce bonheur en acte (appelé ainsi par Comte Sponville) est un bonheur qui ne comprend aucun espoir.

La notion d'espérance est très importante dans la pensée de Comte-Sponville. Selon la définition de ce dernier, l'espérance est un désir qui porte sur ce qu'on n'a pas (comme Platon: le désir est manque.) C'est aussi un désir qui ignore s'il est ou sera satisfait (Espérer, c'est désirer sans savoir) et pour finir, c'est un désir dont la satisfaction ne dépend pas de nous. Donc, l'espérance rend impossible trois éléments importants dans la quête du bonheur: le plaisir, la connaissance et l'action. Le plaisir est impossible à atteindre avec l'espérance, car pour avoir du plaisir, il faut désirer de ce que l'on jouit, et du côté de l'espérance, espérer, c'est désirer sans jouir. La connaissance ne peut être atteinte, car espérer, c'est désirer sans savoir. Si l'on connait quelque chose, on ne peut plus l'espérer. Pour ce qui est de l'action, il faut alors faire la différence entre l'espérance et la volonté. Lorsque l'on espére quelque chose, on ne peut rien y changer, car cela ne dépend pas de nous. Lorsque quelque chose dépend de nous, c'est alors notre volonté, notre action d'y faire quelque chose. L'espérance empêche l'action.

Le bonheur désespérément: une sagesse du désespoir, du bonheur et de l'amour

C'est dans cette partie du livre que le lecteur peut comprendre le titre du livre. Comte-Sponville explique sa propre vision du désespoir, qui n'est pas celle qui nous vient en tête en premier. Le désespoir, pour lui, est tout simplement une absence d'espoirs. Il appelle même cela un gai désespoir. Ce n'est pas quelque chose de malheureux. Pour Comte-Sponville, il faut être moins dépendant de l'espoir, parce qu'il est impossible d'être heureux en espérant, car l'espoir vient toujours avec la crainte. Donc, le sage n'a plus d'espoir, il est dans un état de béatitude (bonheur suprême).

C'est la thèse principale du premier livre de André Comte-Sponville nommé Traité du désespoir et de la béatitude : ces deux éléments doivent aller ensemble. C'est de cette façon qu'il est possible d'être heureux. Il faut cesser d'espérer le plus possible (désespoir), et plutôt désirer le réel. 

En conclusion, la façon d'être heureux pour André Comte-Sponville est d'apprendre à désirer ce qui dépend de nous (vouloir et agir) et ce qui est (donc aimer). Il faut seulement cesser d'espérer le bonheur pour l'atteindre. Le bonheur n'est pas un absolu.

Source: COMTE-SPONVILLE, André. Le bonheur, désespérément, Paris, Pleins Feux, 2000, 87 p.

 

Dans un prochain message, il sera question de mes prochaines lectures ciblées ( le bonheur dans le monde antique et Épicure, le bonheur au Moyen-Âge (interdiction du bonheur par la religion),  le bonheur au XXè siècle)  dans le livre L'âge d'or: Histoire de la poursuite du bonheur de Georges Minois.